2 décembre 2015

Ce cher Darren

Dans mon billet précédent, j'indiquais que Darren Butler, responsable des communications pour Victor Dodig (source de la photo), qui lui est chef de la direction de la Banque CIBC, acceptait de me parler au sujet de mon "commentaire associé à l'allocution devant le Cercle canadien d'Ottawa". Rappelons en substance que Victor Dodig affirmait que les Canadiens étaient généralement suréduqués, mais sous-qualifiés pour les emplois dont l'économie a besoin. Cette affirmation, aussi explicite, se retrouve dans les articles d'Andy Blatchford de la presse canadienne, en français et en anglais. J'ai eu une conversation téléphonique d'une vingtaine de minutes avec Darren Butler.

D'emblée, le type m'informe que notre conversation est enregistrée. Je n'ai donc pas à avoir quelque gêne à en rendre compte publiquement. Il s'exprime dans un français laborieux, mais néanmoins acceptable pour une personne qui travaille à Toronto. Une recherche Internet m'indique qu'il a été formé à l'Université Concordia. Il m'apprend que c'était en mathématiques, puis ensuite dans un domaine qui s'apparente à la gestion des ressources humaines. Au cours de la conversation, il tente constamment de m'orienter vers des statistiques et des chiffres. Je reviens souvent à la charge en lui précisant "mon point": le chef de la direction de la Banque CIBC affirme que les Canadiens sont suréduqués et sous-qualifiés; est-ce aussi la position de la banque, dont je suis un client?

Je n'aurai pas de réponses à ma question. Il me promet par contre d'en rendre compte à Victor Dodig, dont il relève directement. Je constate en outre que la Banque CIBC ne fait pas de veille de ce que l'on dit d'elle dans la presse francophone. Il m'a parlé en abondance du Globe and Mail, mais il ne semble pas s'intéresser à ce qui se publie au Québec. Il n'était donc pas au courant de l'article et de la chronique publiés dans Le Devoir. Je lui ai signalé le malaise de plusieurs de mes collègues qui, comme moi, travaillent à la formation des personnes. Mais j'ai abdiqué au bout de 20 minutes, conscient que l'on ne vivait pas sur la même planète. Lui habite la planète Marché, avec à la bouche les mots concurrence, croissance, innovation, capital intellectuel. Et un nouveau concept qu'on risque de nous rabâcher: écosystème d'innovation. En gros, cela implique que les institutions publiques doivent se mettre au service des entreprises privées afin de les rendre plus compétitives sur le marché mondial.

De toute évidence, la seule chose réaliste que l'on puisse déduire de tout cela tient en quelques mots, évoqués lundi par Jean-François Nadeau: "Écoutez-les nous dire et nous redire que, pour être grand, il faut d'abord apprendre à mieux ramper. Et de si bas, ils osent encore parler de lumière tandis que la noirceur monte. Vous voulez vraiment être à la hauteur de leurs ambitions?"

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