12 octobre 2016

Faut qu'on se parle



J’ai participé hier à Québec à la consultation publique Faut qu’on se parle en compagnie de ma femme Judith, de ma fille cadette Juliette et de mon genre Francis, conjoint de ma fille aînée Noémie. Près de 400 personnes s’étaient regroupées au Musée de la civilisation pour cet exercice.

La méthode
L’espace était aménagé avec une quarantaine de tables regroupant chacune dix personnes. Sur chaque table était posée une tablette électronique. En première partie, nous avions à répondre à des questions en lien avec les trois thèmes privilégiés ce soir là: le climat, l’éducation et la démocratie. Ce sont 669 réponses courtes qui ont été enregistrées. En deuxième partie, des cartes conceptuelles liées à chacun des trois thèmes étaient projetées sur grand écran et les membres du collectif (Gabriel Nadeau-Dubois, Jean-Martin Aussant, Maïtée Labrecque-Saganash, Aurélie Lanctôt, Claire Bolduc et Will Prosper) commentaient les réponses. Parfois, nous devions voter sur certaines propositions grâce à la tablette électronique. En troisième partie, des gens de la salle étaient invités à prendre la parole pendant au plus deux minutes chacun sur des enjeux de leur choix. L’événement a commencé vers 19h15 pour se terminer vers 21h45.

Pas de généralisation possible
L’exercice est proposé par des progressistes et les gens réunis à Québec étaient aussi des progressistes, en majorité. Sauf que l’on ne peut prétendre à un seul discours uniforme. À ma table, j’ai entendu des gens prôner une forme de ségrégation scolaire (mettre les élèves les plus doués ensemble dans une même classe ou dans une même école pour qu’ils puissent développer leur plein potentiel) et affirmer que «les pauvres sont favorisés puisqu’ils ne paient pas pour tel ou tel service public». Les réponses soumises n’avaient pas à être consensuelles, et c’est ma Juliette qui a récolté et transmis les réponses des dix personnes assises à notre table: outre nous quatre, il y avait un couple dans la cinquantaine avec des idées assez arrêtées sur certains sujets (comme la douance), deux amies dans la cinquantaine et deux jeunes hommes dans la vingtaine très sympas, dont l'un est un britannique établi au Québec depuis six ans. Il appartient aux membres du collectif de faire un choix parmi les réponses obtenues, mais nul doute que ce choix sera orienté en fonction de leurs propres convictions, qui reflèteront sans doute aussi celles d'une majorité de participants. Si le collectif propose quelque quantification (autres que celle du nombre de participants à l'exercice), il contreviendra aux normes méthodologiques élémentaires. D'ailleurs, les questions posées aux participants, et qui devaient être répondues par chacun avec un pouce en l'air (oui) ou un pouce en bas (non) étaient plutôt improvisées, peu claires et assez peu contextualisées.

Mes impressions
Les gens ont besoin de s'exprimer et ils prennent visiblement plaisir à le faire. Dans cette perspective, cet exercice est très pertinent. Il est financé par des citoyens et des citoyennes, ce qui évite une trop évidente instrumentalisation s'il était commandité par des entreprises publiques, privées ou associatives. Les membres du collectif sont plutôt sympathiques. J'ai eu l'occasion de discuter brièvement avec Claire Bolduc que j'avais croisée il y a quelques années aux Journées de la Résistance, dans l'Est du Québec. J'ai trouvé que Jean-Martin Aussant avait l'air froid et distant, mais peut-être est-ce à cause de son complet-cravate qui détonait avec le style vestimentaire des autres. Une proposition de quelqu'un de la salle était de nationaliser Gabriel Nadeau-Dubois. Le type a reçu le compliment avec une bonne dose d'autodérision, ce qui m'incite à croire qu'il tend à devenir un bon politicien (faut-il s'en réjouir ou s'en inquiéter?)

Pour un Programme commun progressiste!
J'espère que cet exercice de consultation ne se terminera pas avec la création d'un nouveau parti politique. À gauche de l'échiquier québécois, il y a déjà Québec solidaire et Option nationale. Le NPD-Québec annonçait ce matin son intention de présenter des candidats aux élections de 2018. Un parti de plus ne peut que contribuer à maintenir au pouvoir les libéraux. Cependant, pour faire oeuvre utile, la proposition d'un programme (local) commun progressiste serait hautement pertinente. Imaginons un peu aux prochaines élections municipales de 2017 si, partout au Québec, des candidats et des candidates s'inspireraient d'une plate-forme progressiste commune succinctement définie grâce à quelques principes et valeurs phares. Hors des grandes villes, on sait généralement peu de choses sur les valeurs des candidates et des candidats maires et conseillers. Cependant, s'ils disaient s'inspirer du "Programme commun progressiste", on saurait un peu mieux à qui l'on a affaire. Pour atteindre les régions, les membres du collectif "Faut qu'on se parle" doivent absolument penser leur action dans cette dimension locale et proximale.

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